Qu’est-ce que l’asymétrie thermique ? Thermorégulation du corps humain
Même si le corps humain n’est pas anatomiquement parfaitement symétrique, les régions correspondantes des côtés droit et gauche sont soumises à des mécanismes circulatoires et thermorégulateurs similaires. Dans des conditions normales, les températures de surface cutanée de régions anatomiques correspondantes ont donc tendance à rester proches. En thermographie, l’asymétrie thermique désigne la différence de température entre les côtés droit et gauche d’une même région anatomique.
Cette approche est étudiée depuis les premiers travaux en thermographie. Uematsu et ses collègues ont analysé les différences de température dans des régions symétriques chez des sujets sains et ont établi des données normatives pour les différences bilatérales normales [2]. Une étude de Niu et ses collègues, menée à Taïwan auprès de sujets jeunes et âgés, a également montré une tendance nette à la symétrie thermique droite-gauche entre différentes régions corporelles chez les personnes saines [3].
Lors de l’évaluation de la symétrie thermique, il n’est pas pertinent d’attendre une différence absolue de 0°C entre les côtés droit et gauche. Le type de sport, le côté dominant, l’anatomie individuelle, les antécédents de blessure, les entraînements récents et les conditions de mesure peuvent créer des différences. L’interprétation doit donc tenir compte non seulement de l’amplitude de l’écart, mais aussi de ces facteurs internes et externes ainsi que des valeurs historiques propres à la personne.
L’analyse thermique de régions anatomiques symétriques présente également certaines limites. Les analyses reposant sur le tracé manuel des zones musculaires peuvent être considérées comme subjectives, car les différences de tracé et de compétence technique rendent la standardisation difficile. Nos modèles de segmentation par intelligence artificielle, développés pour séparer les images thermiques en régions musculaires, permettent d’automatiser la comparaison bilatérale de groupes musculaires anatomiquement correspondants et de fournir des données plus objectives [4],[5].
Pour comprendre plus en détail comment une caméra thermique mesure les températures et comment ces cartes sont segmentées en régions musculaires, consultez notre article Que montrent les cartes de température par groupe musculaire ?.
Asymétrie et risque de blessure : que signifient les valeurs seuils ?
Chaque individu possède un profil thermique qui lui est propre. Il est donc préférable d’évaluer une personne en fonction de sa propre carte thermique et de ses mesures antérieures. Dans une évaluation thermique, l’élément le plus important n’est pas la température absolue des régions droite et gauche, mais l’augmentation de leur différence et l’écart de cette évolution par rapport au profil thermique habituel de l’athlète.
Dans une étude prospective menée chez des footballeurs professionnels, Côrte et ses collègues ont utilisé un protocole progressif de suivi thermique. Les différences jusqu’à 0,3°C étaient considérées comme normales ; 0,3–0,4°C comme une évolution à surveiller ; 0,5–1,0°C comme un niveau où une intervention préventive pouvait être envisagée ; 1,0–1,5°C comme une asymétrie associée à un risque plus élevé ; et les valeurs supérieures à 1,5°C comme une asymétrie plus importante [1].
Dans ai4sports, l’asymétrie thermique est classée en cinq niveaux selon l’amplitude de la différence de température : Normal, À surveiller, À protéger, Attention et Urgent. Cette gradation n’a pas pour objectif de diagnostiquer une blessure. Elle sert à standardiser l’ampleur de la variation thermique mesurée, à suivre son évolution et, si nécessaire, à fournir à l’équipe médicale des données structurées d’aide à la décision.
| Niveau d’asymétrie | Différence de température (ΔT) | Niveau ai4sports | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Faible asymétrie | ≤ 0,4°C | Normal | Écart généralement considéré dans les limites physiologiques. |
| Asymétrie légère | 0,4–0,7°C | À surveiller | Niveau à réévaluer par une nouvelle mesure et un suivi de tendance. |
| Asymétrie croissante | 0,7–1,0°C | À protéger | Nécessite un suivi plus attentif de la charge et de la récupération. |
| Asymétrie marquée | 1,0–1,5°C | Attention | Variation thermique plus nette, à interpréter avec les données cliniques et de performance. |
| Asymétrie élevée | > 1,5°C | Urgent | Différence thermique importante pouvant justifier une évaluation spécialisée. |
Nos évaluations de l’asymétrie ont été étudiées dans différents contextes. Dans une étude de Bayrak et al. menée auprès de footballeurs U19 ayant des antécédents de blessure à la cheville, l’asymétrie thermique observée après l’entraînement a pu évoluer, au fil des suivis, des régions de la cheville et du genou vers les zones médiale et latérale du mollet [6].
De même, Ergene et al. ont comparé la réponse de deux footballeurs d’élite ayant des antécédents de lésion du rectus femoris à une même charge d’entraînement et ont observé des variations thermiques bilatérales nettement différentes [7]. Le fait que l’athlète présentant la variation thermique la plus importante ait ensuite subi une nouvelle blessure dans la même région souligne l’intérêt de suivre conjointement la ligne de base individuelle et la réponse thermique à la charge.
Dans l’une de nos premières études, les régions musculaires problématiques de footballeurs professionnels ont été suivies thermiquement avant et après une période de repos. Les résultats ont montré que les différences régionales de température peuvent évoluer au cours de la période suivant une blessure [8]. Pris ensemble, ces travaux indiquent que l’asymétrie thermique n’est pas une valeur fixe, mais un paramètre dynamique pouvant varier avec les antécédents de blessure, la charge et la récupération.
Les plages 0,4 / 0,7–1 / 1–1,5 / 1,5°C+ ne doivent donc pas être considérées comme des seuils absolus de blessure, mais comme des niveaux de suivi permettant de graduer les données thermiques en fonction du risque.
Dans quelles régions l’asymétrie est-elle plus fréquente ?
L’asymétrie thermique ne doit pas être interprétée de la même manière dans toutes les régions du corps. La discipline sportive, le côté dominant, les schémas de mouvement et les caractéristiques anatomiques d’une région peuvent influencer la distribution thermique normale. Une différence droite-gauche au niveau des membres inférieurs d’un footballeur ne doit donc pas être interprétée dans le même contexte qu’une différence bilatérale chez un athlète sollicitant intensément les membres supérieurs.
En football, les régions des membres inférieurs exposées à de fortes contraintes mécaniques, notamment la cuisse, le genou, la hanche, l’aine, le mollet et la cheville, sont importantes pour un suivi régulier. Dans une étude évaluée par les pairs chez des footballeurs professionnels, un protocole combinant suivi thermographique régulier et interventions personnalisées de l’équipe médicale a été associé à une diminution du nombre de blessures et du nombre de jours perdus en raison de blessures [9].
Nos travaux sur le retour au sport après une lésion du rectus femoris montrent également qu’une même charge peut provoquer des réponses thermiques différentes selon les individus [7]. Dans une étude de cas portant sur la région du sartorius, une variation thermique locale peu visible au repos est devenue apparente après un exercice contrôlé [10]. Ces exemples montrent que la région évaluée, le moment de l’évaluation et les conditions de charge sont déterminants dans l’interprétation de l’asymétrie thermique.
Cependant, toute asymétrie thermique ne signifie pas qu’il existe une blessure. Des études indépendantes chez des footballeurs n’ont pas mis en évidence de relation directe entre les déséquilibres de force musculaire et les asymétries de température cutanée [11]. L’asymétrie thermique ne doit donc pas être interprétée isolément comme un déséquilibre mécanique de force ou comme l’indication d’une pathologie précise.
Pour approfondir la lecture thermique par région, consultez notre article Que montrent les cartes de température par groupe musculaire ?.
Conduite à tenir lorsqu’un signal d’asymétrie apparaît et utilisation des données pour réduire le risque
La présence d’une asymétrie thermique au-dessus des seuils de suivi définis ne signifie pas automatiquement que l’athlète doit être retiré de l’entraînement. Il convient d’abord de vérifier les conditions de prise de vue et de répéter la mesure si nécessaire. Si la variation persiste, elle doit être comparée aux valeurs historiques et à l’historique de charge de l’athlète.
Les données peuvent être utilisées selon le flux suivant :
Comparer avec les mesures antérieures → vérifier la tendance → évaluer la charge et les symptômes → orienter vers l’équipe médicale si nécessaire
Cette approche est illustrée par différents scénarios de suivi. L’évaluation de footballeurs professionnels avant et après une période de repos à la suite d’une blessure a montré que les valeurs thermiques peuvent être mesurées de nouveau au cours de la récupération [8]. Le fait que des footballeurs revenant après une lésion du rectus femoris aient réagi différemment à une même charge d’entraînement souligne également l’importance d’une évaluation individualisée [7].
L’intérêt de la thermographie ne se limite donc pas à montrer une différence de température. Elle permet également de déterminer si la variation mesurée se répète et d’en suivre la direction dans le temps, afin de fournir aux équipes médicales et de performance des données structurées.
ai4sports analyse automatiquement les différences de température droite-gauche dans plus de 40 régions musculaires et anatomiques, les compare aux mesures précédentes et peut être utilisé pour suivre les tendances de température. Les décisions concernant l’ajustement de la charge d’entraînement, la rééducation ou une évaluation clinique complémentaire restent de la responsabilité des équipes médicales et de performance.
Pour comprendre pourquoi la thermographie diffère des méthodes d’imagerie structurelle telles que l’IRM, l’échographie ou la radiographie, consultez Thermographie et imagerie conventionnelle : quelles différences ?.
L’asymétrie n’est pas un diagnostic, mais un signal de changement
Chez une personne en bonne santé, les régions anatomiques correspondantes présentent généralement une symétrie thermique. Une perturbation de cet équilibre peut être liée à la charge d’entraînement, à des processus inflammatoires, à des modifications circulatoires, à des blessures antérieures ou à d’autres facteurs physiologiques. L’asymétrie thermique doit donc être interprétée non comme une blessure en soi, mais comme un signal de changement dont la cause doit être recherchée.
Les seuils utilisés dans la littérature et les niveaux de risque d’ai4sports facilitent la standardisation du suivi de ces variations, mais aucune différence de température ne constitue à elle seule un seuil définitif de blessure. L’interprétation la plus pertinente apparaît lorsque les caractéristiques de la région anatomique, la ligne de base individuelle de l’athlète, la différence droite-gauche et la tendance dans le temps sont considérées ensemble. C’est précisément là que la thermographie apporte de la valeur à la gestion du risque de blessure : elle rend visible l’écart par rapport à la normale, plutôt que d’imager la blessure elle-même.
Références
- Côrte, A. C., Pedrinelli, A., Marttos, A., Souza, I. F. G., Grava, J., & Hernandez, A. J. (2019). Infrared thermography study as a complementary method of screening and prevention of muscle injuries: Pilot study. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 5(1), e000431. https://doi.org/10.1136/bmjsem-2018-000431
- Uematsu, S., Edwin, D. H., Jankel, W. R., Kozikowski, J., & Trattner, M. (1988). Quantification of thermal asymmetry. Part 1: Normal values and reproducibility. Journal of Neurosurgery, 69(4), 552–555. https://doi.org/10.3171/jns.1988.69.4.0552
- Niu, H. H., Lui, P. W., Hu, J. S., Ting, C. K., Yin, Y. C., Lo, Y. L., Liu, L., & Lee, T. Y. (2001). Thermal symmetry of skin temperature: Normative data of normal subjects in Taiwan. Zhonghua Yi Xue Za Zhi (Taipei), 64(8), 459–468.
- Ergene, M. C., Bayrak, A., Çevik, M., & Ceylan, M. (2023). Evaluation of Deep Learning Models for Lower Extremity Muscle Segmentation in Thermal Imaging. In Artificial Intelligence over Infrared Images for Medical Applications (AIIIMA 2023), LNCS 14298. Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-031-44511-8_9
- Yaşar, M. C., Çevik, M., Besnili, Ş., & Ceylan, M. (2025). Comparison of Architectures of Deep Learning-Based Segmentation in Lower Extremity Human Thermal Imaging. In Artificial Intelligence over Infrared Images for Medical Applications, LNCS 15279. Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-031-76584-1_10
- Bayrak, A., Çevik, M., & Ceylan, M. (2026). Thermal asymmetry in football players following ankle injury: Findings related to training load. In Artificial Intelligence over Infrared Images for Medical Applications (AIIIMA 2025), LNCS 16308, 128–142. Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-032-10990-3_9
- Bayrak, A., Ergene, M. C., & Ceylan, M. (2023). Monitoring the reactions of athletes with history of rectus femoris proximal tear healed with different methods to training load with thermography. Turkish Journal of Sport and Exercise, 25(2), 231–239.
- Ergene, M. C., Bayrak, A., & Ceylan, M. (2020). Tracking the injury recovery of professional football players with infrared thermography: Preliminary study. Avrupa Bilim ve Teknoloji Dergisi, 207–213. https://doi.org/10.31590/ejosat.804151
- Gómez-Carmona, P., Fernández-Cuevas, I., Sillero-Quintana, M., Arnaiz-Lastras, J., & Navandar, A. (2020). Infrared thermography protocol on reducing the incidence of soccer injuries. Journal of Sport Rehabilitation, 29(8), 1222–1227. https://doi.org/10.1123/jsr.2019-0056
- [Sartorius exercise-provocation case study: complete academic citation must be added from the existing publication record.]
- Teixeira, R. M., et al. (2020). Muscular Strength Imbalances Are Not Associated with Skin Temperature Asymmetries in Soccer Players. Life, 10(7), 102. https://doi.org/10.3390/life10070102